Râleuse du soir, espoir!

J’ai passé récemment quelque temps dans une grande enseigne « culturelle ». Dois-je avouer que je m’y suis copieusement ennuyée ? Au milieu des rayons, des sollicitations visuelles aux codes uniformisés, des musiques aseptisées, des clients aux pas précipités…

J’ai pris le temps de les observer ces lecteurs consommateurs, ou consommateurs lecteurs. D’un côté, il y a ceux qui achètent les romans têtes de gondoles, les représentants de la pensée littéraire unique propulsée à grand renfort publicitaire, ils viennent pour "le dernier..." et de l’autre, il y a ceux qui engrangent les livres de poche avant le départ en vacances et dont l'achat se décide sur l'effet solde ou promo. Dans ces grandes surfaces, même entièrement dédiées à la culture, les gens ne viennent pas pour voir des êtres humains, ils viennent pour consommer individuellement, chacun dans sa bulle… pourvu que cette dame ne m'adresse pas la parole, surtout ne croisons pas son regard, elle n'existe pas plus que l'étagère à côté d’elle ! La plupart ne répond même pas à un bonjour. L'une lit la quatrième et vous la saluez, elle vous sourit en grimaçant mais repose le livre et quitte la table sans même un au revoir. Cela confirme ce que j'avais ressenti déjà par le passé. Ces lieux de vente sont impersonnels, on y cherche des livres comme on prend une bouteille de lessive au supermarché : un peu pour l’étiquette, un peu pour l’odeur supposée ou goûtée, un peu pour le prix, beaucoup pour la publicité ! Comme on est loin des petites librairies, des lieux humanisés, dans lesquels on entre en contact, on communique, on cherche, on échange. Des lieux où on aime les livres et les hommes!  Les grandes enseignes sont seulement des vitrines ouvertes où sont mis en avant les produits du plus gros budget publicitaire, du meilleur service presse ou marketing. Plus de surface n’offre pas plus de choix finalement puisque tout le monde y cherche la même chose !

Tristesse.

Quel dommage ! Parce qu'à travers tout ça j'entrevois le peu de place qu'il reste à la diversité, la mainmise de la finance sur la création, la mondialisation de la littérature quand la richesse vient des différences de styles, de l’ouverture aux idées.

Loin de me décourager, tout ceci me donne envie de me battre pour les petits libraires, pour les petits éditeurs, pour qu'une même chance leur soit donnée parce qu'ils sont le vrai mouvement, celui de la curiosité, de la recherche littéraire, de la diversité, ils sont la source première de la création !

Entrer dans une librairie, prendre le temps de choisir un livre, échanger avec le libraire, les autres clients, c’est aller à la rencontre de l’homme, c’est aller à la rencontre de soi-même. C’est vivre en société ! Tout simplement.

 Râleuse du soir, espoir!

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